Comprendre la résidence fiscale
La résidence fiscale détermine dans quel pays vous payez vos impôts sur vos revenus mondiaux. C’est le point de départ de toute stratégie d’expatriation.
Les 4 critères français (art. 4B du CGI)
La France vous considère résident fiscal si vous remplissez au moins un de ces critères. Il suffit d’un seul pour déclencher l’imposition mondiale en France.
Critère 1 — Foyer ou lieu de séjour principal
Votre foyer (famille : conjoint + enfants) est en France, OU vous y résidez plus de 183 jours par an. C’est le critère le plus souvent invoqué.
Critère 2 — Activité professionnelle principale
Vous exercez une activité professionnelle en France à titre principal (non accessoire). S’applique aux salariés détachés, dirigeants, etc.
Critère 3 — Centre des intérêts économiques
La France est le lieu où vous avez effectué vos principaux investissements, où vous gérez vos affaires, ou d’où provient l’essentiel de vos revenus.
À noter : la règle des 183 jours est insuffisante
Beaucoup pensent qu’il suffit de passer moins de 183 jours en France. FAUX : si votre foyer ou vos intérêts économiques y sont, vous êtes résident fiscal français même à 0 jour sur place.
Le tie-breaker des conventions fiscales
En cas de double résidence (France ET un autre pays vous revendiquent tous les deux), la convention fiscale bilatérale s’applique avec une règle de priorité en cascade :
Changer de résidence fiscale : le mode d’emploi
Quitter la fiscalité française est un processus en 3 phases. Il ne suffit pas de prendre un billet d’avion.
PRÉPARER — 6 à 12 mois avant le départ
EXÉCUTER — Le mois du départ
CONSOLIDER — Les 3 premières années
⚠️ Les 5 erreurs qui font échouer le changement de résidence
Exit Tax : l’impôt de départ
L’exit tax (art. 167 bis CGI) impose les plus-values latentes sur vos participations au moment où vous quittez la France. Ce n’est pas un impôt sur une vente réelle, mais sur une plus-value non réalisée.
Qui est concerné ?
Vous êtes soumis à l’exit tax si vous remplissez les deux conditions :
- Vous avez été résident fiscal français pendant au moins 6 des 10 dernières années
- Vous détenez des participations (actions, parts sociales, créances, FCPR/FPCI) dont la valeur totale dépasse 800 000 € ou représente plus de 50 % du capital d’une société
Comment est-elle calculée ?
La base imposable = valeur de marché au jour du départ − prix d’acquisition.
Le taux d’imposition = 30 % (PFU : 12,8 % IR + 17,2 % PS) sur les plus-values mobilières, ou le barème progressif sur option.
Une déclaration spécifique est à déposer dans les 30 jours suivant le transfert de domicile fiscal (formulaire 2074-ETD).
Sursis de paiement : le point clé
| Destination | Sursis automatique ? | Garanties requises | Dénouement |
|---|---|---|---|
| UE / EEE (Portugal, Malte, Chypre, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Rép. Tchèque) | ✅ Automatique | Aucune | Imposition déclenchée à la cession réelle des titres |
| Pays tiers avec convention (Dubaï, Thaïlande, Maroc, Vietnam, Mexique…) | 🔶 Sur demande | Garanties (caution bancaire ou nantissement) selon montant | Imposition déclenchée à la cession, retour en France, ou après 5 ans |
| Pays sans convention (Géorgie, Panama, Uruguay, Costa Rica) | ❌ Non | Paiement immédiat avant le départ | Paiement exigible dès le transfert de domicile |
Conventions fiscales bilatérales
Les conventions fiscales bilatérales (CFB) répartissent le droit d’imposer entre deux États pour éviter la double imposition. La France en a signé plus de 120. Elles priment sur le droit interne français.
📌 Ce qu’une convention règle
- Art. 4–5 — Résidence fiscale et établissement stable
- Art. 10 — Dividendes (retenue à la source, taux réduits)
- Art. 11 — Intérêts
- Art. 12 — Redevances / royalties
- Art. 13 — Gains en capital / plus-values
- Art. 15 — Salaires et revenus d’emploi
- Art. 18 — Pensions et retraites
- Art. 23 — Méthode pour éliminer la double imposition
⚠️ Ce qu’une convention ne fait pas
- Elle ne crée pas une nouvelle résidence fiscale : vous devez d’abord en changer réellement
- Elle ne supprime pas les obligations déclaratives françaises (3916, 2047…)
- Elle ne s’applique pas aux cotisations sociales (CSG/CRDS, PS), sauf règlements UE
- Elle ne protège pas contre l’exit tax sur les participations
- Elle ne couvre pas l’IFI (sauf quelques conventions spécifiques)
État des conventions avec nos 20 destinations
| Pays | Convention avec la France | Retenue dividendes | Retenue intérêts | Retraites |
|---|---|---|---|---|
| 🇪🇪 Estonie | ✅ Oui (2011) | 5–15 % | 5–10 % | Imposées en France (résidents français) |
| 🇦🇪 Dubaï (EAU) | ✅ Oui (1989) | 0 % | 0 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇮🇩 Bali (Indonésie) | ✅ Oui (1979) | 10–15 % | 10–15 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇵🇹 Portugal | ✅ Oui (1971, rév. 2016) | 15 % | 12 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇲🇦 Maroc | ✅ Oui (1970) | 15 % | 15 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇹🇭 Thaïlande | ✅ Oui (1974) | 10–20 % | 10–25 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇲🇽 Mexique | ✅ Oui (1991) | 5–15 % | 5–15 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇬🇪 Géorgie | ❌ Non | N/A (droit interne) | N/A | Double imposition possible |
| 🇷🇴 Roumanie | ✅ Oui (1974) | 10 % | 10 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇵🇦 Panama | ❌ Non | N/A (droit interne) | N/A | Double imposition possible |
| 🇷🇸 Serbie | ✅ Oui (héritée Yougoslavie) | 15 % | 0 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇨🇷 Costa Rica | ❌ Non | N/A (droit interne) | N/A | Double imposition possible |
| 🇨🇾 Chypre | ✅ Oui (1981) | 10–15 % | 10 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇲🇹 Malte | ✅ Oui (1977) | 10–15 % | 10 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇨🇴 Colombie | 🔶 Oui (2015) | 5–15 % | 10 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇨🇿 Rép. Tchèque | ✅ Oui (révisée) | 10 % | 0 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇧🇬 Bulgarie | ✅ Oui (1987) | 5–15 % | 0–10 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇭🇺 Hongrie | ✅ Oui (1980) | 5–15 % | 0 % | Imposées dans l’État de résidence |
| 🇺🇾 Uruguay | ❌ Non | N/A (droit interne) | N/A | Double imposition possible |
| 🇻🇳 Vietnam | ✅ Oui (1993) | 10–15 % | 10 % | Imposées dans l’État de résidence |
* Les taux de retenue à la source indiqués sont ceux applicables côté France sur les paiements vers ces pays (dividendes de sociétés françaises versés à des non-résidents). Les taux effectifs dépendent du type de participations et de la convention applicable.
Comparatif fiscal — 20 destinations
Données vérifiées — PwC Tax Summaries, EY Worldwide Tax Guide, KPMG — avril 2026.
| Pays | IR (non-résidents) | IS (sociétés) | Dividendes locaux | Impôt fortune | Note fiscale |
|---|---|---|---|---|---|
| 🇦🇪 Dubaï (EAU) | 0 % | 0–9 % | 0 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| 🇬🇪 Géorgie | 0 % (revenus étrangers) | 0 % réinvesti / 15 % distribué | 5 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| 🇵🇦 Panama | 0 % (revenus étrangers) | 25 % (revenus locaux) | 5–10 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| 🇧🇬 Bulgarie | Flat 10 % | 10 % | 5 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| 🇭🇺 Hongrie | Flat 15 % | 9 % (+ bas de l’UE) | 15 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| 🇪🇪 Estonie | Flat 22 % | 0 % réinvesti / 22 % distribué | 22 % (sur distribution) | 0 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🇷🇴 Roumanie | Flat 10 % | Micro-IS 1–3 % (≤ 250K€) | 8 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🇷🇸 Serbie | Flat 15 % | 15 % | 15 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🇨🇾 Chypre | 0–35 % (ex. 19 600 €) | 12,5 % | 0 % (non-dom) | 0 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🇲🇹 Malte | Non-dom : base remise | 35 % nominal / ~5 % effectif | 0 % (non-dom) | 0 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🇺🇾 Uruguay | 0 % (étrangers, 11 ans max) | 25 % (revenus locaux) | 7 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🇨🇷 Costa Rica | 0 % (revenus étrangers) | 30 % (revenus locaux) | 15 % | 0 % | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🇵🇹 Portugal | IFICI 20 % (qualifiés) / 28 % std | 21 % (17 % PME) | 28 % | 0,7–1,5 % (AIMI) | ⭐⭐⭐ |
| 🇹🇭 Thaïlande | LTR : exonéré / Std : 0–35 % | 20 % | 10 % | 0 % | ⭐⭐⭐ |
| 🇨🇿 Rép. Tchèque | Flat 15–23 % | 21 % | 15 % | 0 % | ⭐⭐⭐ |
| 🇮🇩 Bali (Indonésie) | 5–35 % progressif | 22 % | 10 % | 0 % | ⭐⭐⭐ |
| 🇲🇦 Maroc | 0–38 % progressif | 20–35 % | 15 % | 0 % | ⭐⭐ |
| 🇨🇴 Colombie | 0–39 % progressif | 35 % | 10 % | 1–1,5 % | ⭐⭐ |
| 🇲🇽 Mexique | 1–35 % progressif | 30 % | 10 % | 0 % | ⭐⭐ |
| 🇻🇳 Vietnam | 5–35 % progressif | 20 % | 5 % | 0 % | ⭐⭐ |
Dividendes & revenus de capitaux
Une fois non-résident fiscal français, votre situation vis-à-vis des revenus de capitaux est radicalement différente. Voici ce qui change.
🇫🇷 Dividendes de sociétés françaises
En tant que non-résident, les dividendes versés par des sociétés françaises subissent une retenue à la source en France :
- 12,8 % — taux de droit commun (libératoire)
- Taux réduit de la convention — si votre pays de résidence a une convention avec la France (souvent 5–15 %)
- 0 % — pour les participations intragroupe UE (directive mère-fille)
📈 Plus-values mobilières françaises
Les plus-values sur cession de participations françaises sont imposables en France pour les non-résidents si vous avez détenu plus de 25 % du capital à un moment quelconque dans les 5 ans précédant la cession :
- 12,8 % — PFU en droit interne (+ 7,2 % PS si convention UE/EEE)
- 19 % — taux applicable aux non-résidents hors UE (selon droit interne)
- Exonéré — si participation < 25 % ET convention fiscale y prévoyant la résidence
🏦 Assurance-vie française
Les non-résidents peuvent conserver leur assurance-vie française. Points clés :
- Pas de CSG/CRDS sur les rachats pour les non-résidents hors EEE
- Retenue à la source libératoire sur les rachats selon ancienneté du contrat (7,5 % après 8 ans)
- Certains pays taxent les rachats localement → double imposition si pas de convention
- Le PER (Plan Épargne Retraite) peut être maintenu mais les versements ne sont plus déductibles
🔄 CRS & FATCA : l’échange automatique
La France et 110+ pays participent au Common Reporting Standard (CRS) de l’OCDE. Votre banque étrangère transmet automatiquement chaque année à l’administration fiscale française :
- Soldes de vos comptes bancaires étrangers
- Revenus de capitaux (dividendes, intérêts, plus-values)
- Valeur de rachats d’assurances-vie
Immobilier en France depuis l’étranger
Conserver un bien immobilier en France après votre départ est souvent mal compris fiscalement. Voici les règles précises.
🏘️ Revenus fonciers (location)
Les loyers perçus sur des biens situés en France sont toujours imposables en France (droit de la source), même si vous êtes non-résident. Taux :
- Taux minimum 20 % (ou barème si plus avantageux)
- + Prélèvements sociaux : 7,5 % si résident UE/EEE/Suisse affilié à un régime de sécurité sociale local (directive) — sinon 17,2 %
- Déductibilité des charges identique aux résidents (intérêts d’emprunt, travaux, taxe foncière…)
Location meublée (LMP/LMNP) :
- Même taux minimum 20 % pour les BIC de source française
- Le statut LMP nécessite une inscription au RCS en France
- L’amortissement comptable reste applicable
- Attention : depuis 2023, les déficits LMNP ne s’imputent plus sur le revenu global pour les non-résidents
📈 Plus-values immobilières
Les plus-values réalisées sur la vente d’un immeuble situé en France sont imposables en France, quel que soit votre pays de résidence.
| Situation | Taux IR | Prélèvements sociaux | Taxe additionnelle |
|---|---|---|---|
| Non-résident UE/EEE (avec convention) | 19 % | 7,5 % | 2–6 % si PV > 50 000 € |
| Non-résident hors UE/EEE (avec convention) | 19 % | 17,2 % | 2–6 % si PV > 50 000 € |
| Non-résident État non coopératif (ETNC) | 75 % | 17,2 % | — |
Des abattements pour durée de détention s’appliquent identiquement : exonération totale IR après 22 ans, PS après 30 ans. La résidence principale vendue dans les 2 ans après le départ de France bénéficie d’une exonération partielle jusqu’à 150 000 € de plus-value.
🏛️ IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) pour non-résidents
En tant que non-résident fiscal français, vous êtes soumis à l’IFI uniquement sur vos actifs immobiliers situés en France (pas sur votre patrimoine mondial).
- Seuil de déclenchement : 1 300 000 € de patrimoine immobilier net en France
- Taux : 0,5 % à 1,5 % progressif (au-dessus de 800 000 €)
- Parts de SCI française incluses dans l’assiette
- Exclus : votre résidence principale à l’étranger, vos biens immobiliers à l’étranger
Stratégies des non-résidents :
- Détention via SCI soumise à l’IS (les parts sont exonérées d’IFI en tant qu’actifs professionnels… à certaines conditions)
- Financement à crédit : la dette immobilière est déductible de l’IFI
- Démembrement de propriété (nue-propriété uniquement)
Obligations déclaratives de l’expatrié
Quitter la France fiscalement ne vous dispense pas de toutes les obligations déclaratives. Voici ce que vous devez encore déclarer en France.
Déclaration des revenus de source française (non-résidents)
À déposer si vous percevez des revenus de source française : loyers, salaires d’une société française, dividendes non libérés par retenue à la source, pensions…
Dépôt : en ligne sur impots.gouv.fr — Service des impôts des non-résidents (SIPNR) — même calendrier que la déclaration classique.
Déclaration des comptes bancaires, assurances-vie et cryptoactifs à l’étranger
Obligatoire pour tout résident fiscal français qui détient ou utilise un compte bancaire, un contrat d’assurance-vie, ou un compte de cryptoactifs ouvert hors de France. À joindre à votre déclaration de revenus annuelle.
Déclaration des revenus de source étrangère
Si vous restez résident fiscal français (cas de double résidence ou départ en cours d’année), vous devez déclarer vos revenus de source étrangère sur ce formulaire en complément du 2042.
Une fois non-résident confirmé, ce formulaire ne concerne plus vos revenus étrangers — uniquement vos revenus de source française sur la 2042 NR.
Déclaration exit tax
À déposer dans les 30 jours suivant votre transfert de domicile fiscal si vous êtes concerné par l’exit tax (participations > 800 000 € ou > 50 %). Inclut la demande de sursis de paiement le cas échéant.
Suivi annuel exit tax (si sursis)
Tant que vous bénéficiez d’un sursis de paiement sur votre exit tax, vous devez déposer chaque année une déclaration de suivi attestant que les titres n’ont pas été cédés et que vous êtes toujours non-résident.
📅 Calendrier déclaratif annuel pour l’expatrié
| Période | Obligation | Formulaire | Destinataire |
|---|---|---|---|
| Janvier → Mars | Déclaration des comptes à l’étranger ouverts/modifiés dans l’année (en cours d’année) | 3916 en ligne | Impôts via impots.gouv.fr |
| Avril → Mai | Déclaration des revenus (date limite variable chaque année) | 2042 NR + 3916 + 2074-ETD bis | Service des impôts des non-résidents |
| Septembre | Paiement du solde de l’IR français (si revenus de source française) | Avis d’imposition | Trésor Public |
| 15 juin | Déclaration IFI (si patrimoine immobilier français > 1,3M€) | 2042-IFI | Service des impôts des non-résidents |
| Dans les 30 jours du départ | Déclaration exit tax (si concerné) | 2074-ETD | SIP du dernier domicile en France |
Prêt à optimiser votre fiscalité ?
Choisissez votre destination d’expatriation selon vos priorités fiscales, ou consultez nos guides pays détaillés.
⚖️ Avertissement : Les informations fiscales présentées sur cette page ont une valeur informative générale et sont basées sur les législations en vigueur en avril 2026. Elles ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Chaque situation fiscale est unique et peut être affectée par des conventions bilatérales, des règles anti-abus, ou des évolutions législatives récentes. Avant toute décision fiscale importante, consultez un avocat fiscaliste ou un expert-comptable spécialisé en expatriation. Sources : BOFIP, PwC Worldwide Tax Summaries, EY Worldwide Tax Guide, KPMG Tax Guides.